A la découverte de la tolérance à Bali ...

balinais et musulmans

 

Bali est cette ile à part dans cet ensemble de 13 466 iles que l'Indonésie compte et qui attire chaque année de plus en plus de touristes. Ce qui la rend si unique est que 90 % de sa population est hindou et que cette religion est à la base de la philosophie de vie de ses habitants, rendant ainsi une culture unique à découvrir. Mais savez vous vraiment ce qui se cache derrière ce visage de tolérance que Bali affiche? Partez donc à travers notre article à la découverte des relations entre hindous Balinais, musulmans Balinais et musulmans migrants vivant à Bali. Tout n'est peut être pas aussi rose qu'il parait mais une leçon est tout de même à tirer et peut être source d'inspiration. A méditer ...

Bali est réputée pour sa culture hindou dans cet immense archipel à majorité musulmane qu'est l'Indonésie mais Bali possède quand même une minorité musulmane. Les musulmans installés principalement en zone rurale sont des descendants d'une population installée depuis très longtemps et originaire de Java, sud Sulawesi (Bugis), Lombok (Sasak). Ces musulmans qui ont une longue histoire à Bali sont appelés les Balinais musulmans et sont assimilés à l'identité balinaise.  Ils sont une poignée à vivre à Bali dans des villages à prédominance musulmane mais la majorité vivent dans la communauté hindou-musulmane.

 

La plus grande partie des nouveaux migrants musulmans à Bali viennent des iles voisines et ils sont à la quête d'un emploi et surtout mieux payé que dans leur ile d'origine.

N'importe qui  connaissant bien Bali sait que ce n'est pas nouveau pour les Balinais de rendre responsable les migrants pour tous les maux de l'ile. Par exemple pour les vols les gens pointent du doigt avec conviction que ce sont "surement" les gens de l'extérieur de Bali qui ont commis ces crimes. C'est une supposition aisément exprimée que les Balinais ne font jamais de mauvaises choses car après tout ils croient au karma. Ces crimes doivent donc être sans aucun doute commis par les gens extérieurs de Bali mentionnés génériquement comme " orang jawa " (le Javanais) pour ne pas embarrasser le "tamu" (l'invité) qui est le terme réservé pour les touristes à qui on donne un accueil beaucoup plus chaleureux.  Ce ciblage n'a jamais été inhabituel mais est de plus en plus fréquent et  enflammé maintenant.

 

Après les bombes de 2002 les villages et banjars ont pris de leurs propres initiatives certaines mesures pour renforcer la sécurité de leurs territoires. Certains villages par exemple ne laissent pas entre les vendeurs de soupe de bakso en pensant que des qu'ils en laissent en entrer un d'autres suivront puis une autre mosquée sera bâtie comme a pu l'observer un chef de village à Bali.

 

Bali tire une certaine notoriété pour ses communautés unies. Même si par exemple une personne qui déménage pour aller au village à côté elle ne sera jamais vraiment considérée comme appartenant au village où elle habite désormais. 

L'intensification des efforts pour "protéger" Bali est liée avec un mouvement de revitalisation culturelle dans laquelle la position centrale de la culture Balinaise a pris une force renouvelée avec la promotion du Ajeg Bali = laisser Bali résister. Le mouvement a été amorcé et continue avec le fort soutien du nouveau magnat des médias de Bali : Satria Naradha : héritier du fondateur du journal Bali Post et qui a étendu l'affaire médiatiquement.  

 

Avant la soupe de bakso au poulet était quasiment tout le temps vendue par des Javanais migrants. Mais ce repas est populaire auprès des Balinais hindou et maintenant il y a donc même des vendeurs de soupe de bakso  mais au porc qui s'immiscent dans ce marché lucratif déployant ainsi une différence entre musulmans et hindous. Les Balinais hindous peuvent ainsi désormais affirmer leur identité hindou balinaise par leur choix alimentaires.

 

Beaucoup de Balinais hindous se confient sur le fait que la religion musulmane est de plus en plus "fanatique"  ce qui les pousse alors à en faire de même dans leur religion. En addition à l'introduction du vendeur de bakso de porc  un autre exemple est la nouvelle pratique de dire " Om swastiastu " (que la paix soit avec vous) une contrepartie de la phrasa arabe  ‘Assalam’ alaikum’ expression courante et majoritaire dans la culture musulmane Indonésienne.

 

Quelques Balinais ont aussi introduit la notion d'obligation de la prière 3 fois par jour. Dans la tradition balinaise hindou cela n'a jamais existé auparavant. Ces prières sont à 6h, midi et 18h et sont souvent entendues depuis les hauts parleurs des temples et aux programmes télévisés à Bali. Un miroir donc  parallèle de l'appel Islamique venant des mosquées et de la télévision.

 

A Bali dans les régions où les musulmans sont installés en grand nombre les Balinais  considèrent alors 2 catégories de musulmans : " les nôtres" et " ceux de l'extérieur".  Les anciennes institutions des villages pour organiser la vie en communauté ont toujours permis une co existence entre les deux communautés.

Des structures ont été mises en place entre les anciens pour discuter, trouver des compromis permettant d'éviter les conflits et la montée des tensions. En cas de souci le but est de communiquer rapidement et en collaborant pour trouver une solution.

 

" Votre religion est votre religion, notre religion est notre religion " cette phrase veut tout dire. Les deux communautés ne cherchent pas les ressemblances entre leur religion mais davantage en acceptant justement les différences totales entre celles ci. Peut être est ce là la clé d'une nouvelle forme de tolérance ?

 

 

UN VILLAGE MUSULMAN A LA CULTURE BALINAISE ..

Tout le monde sait que l'hindouisme est prédominant à Bali cependant il y existe un village à majorité musulmane il s'agit du village Pegayaman. Les gens y parlent Balinais cependant vous n'y trouverez pas de temple hindou comme on en retrouve dans les maisons traditionnelles balinaises.

La tolérance dans ce village date de plusieurs siecles. Autour de l'an 1600 ans, le roi  Panji Sakti de Buleleng Ki Barak à l'époque  donna le territoire aux musulmans venus de Java après la fin de la guerre contre le royaume de Balambangan. Depuis le début tout le monde a été considéré comme un frère dans ce village et il en est toujours ainsi aujourd'hui. Ainsi les hindous habitants dans ce village sont appelés " Nyame Hindou " ( = frère hindou ) et les musulmans " Nyame muslim " ( = frère musulman )

 

Les musulmans dans le village de Pegayaman ont des traditions presque pareilles à celle des  Balinais. Voici quelques exemples : 

 

Durant la célébration de jours religieux sacrés à Bali il existe la tradition du ngejot qui consiste à envoyer une variété de nourriture à ses proches et voisins. Dans ce village lors du mois du ramadan et de d'autres fêtes musulmanes les hindous donnent de la nourriture à leurs frères musulmans en faisant bien sur attention à ne pas offrir de porc et cela va dans le sens contraire lors de célébrations hindous.

Le plus important étant que cette tradition n'enfreint pas les règles de chaque religion. Cette tradition de ngejot étant surtout basée sur la générosité et le partage, valeurs partagées par toutes les religions.

 

Les villageois de Pegayaman ont aussi intégré des éléments de l'hindouisme dans leurs festivités musulmanes. Avant toute festivité importante ils doivent procéder à plusieurs étapes préparatoires, y compris penyajaan (la fabrication de gâteaux), penapean (la fabrication de manioc fermenté) et penampahan (l'abattage d'animal). Ceci étant le miroir d'étapes entreprises avant les célébrations hindous de Galungan et Kuningan.

La seule différence est le type d'animal abattu: les hindous sacrifient des porcs tandis que les musulmans sacrifient des vaches.

 

Pendant Muludan, une célébration de l'anniversaire du prophète Muhammad, les gens de Pegayaman tiennent une parade colorée dans la rue, qui inclut la fameuse statue de papier mâchée balinaise : Ogoh-Ogoh la veille de nyepi.

La parade dispose aussi de Sokok Basa et Sokok Taluh. Le premier est une décoration multicolore tandis que le dernier est un plat fait d'oeufs de poulet. Tous les deux sont semblables à ceux utilisés par les hindous Balinais. Une troupe chante des vers sacrés pendant la parade utilisant  la mélodie hindou balinaise connue comme kidung. De plus, des musiciens hadrah joignent la parade parés de vêtements traditionnels balinais.

 

Il y a aussi une autre tradition qui montre la haute tolérance et l'acculturation au village de Pegayaman, : l'utilisation des prénoms Balinais typiques avant le nom comme Wayan, Kadek, Made, Komang et Ketut. La différence au village  Pegayama est que le prénom de Ketut pour un quatrième enfant est aussi utilisé pour le cinquième et le suivant et le suivant différent du reste de Bali qui réutilise pour le quatrieme enfant Gede ou Putu.

Voici quelques exemples de noms dans ce village : Putu Ayu Maziyya, Made Eva Nadya, Nyoman Alvin Gautama.

 

Les villageois tiennent toujours ces traditions jusqu'à présent. Pourquoi devraient ils enterrer une culture, qui n'est pas interdite par la religion ? En fait avec ces traditions ils ont ainsi développé et entretenu un sentiment d'intimité entre eux et d'union qui permet d'entrenir la paix entre eux.

EN IMAGES AU VILLAGE DE PEGAYAMAN

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